Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/48

Cette page n’a pas encore été corrigée


On a le monde ; on mange, on rit, on se tutoie
« Entre vautours, d’un bout à l’autre de la proie ;
« Mahomet, appelant Hildebrand par son nom,
« Lui frappe sur l’épaule et lui dit : compagnon !
« Ah ! du fauve océan toute goutte est amère.
« Le Kremlin voit, pendant qu’il tette encor sa mère
« Poindre un rictus d’hyène au petit Pierre enfant ;
« Charles-Quint, qui dompta l’Europe en l’étouffant,
« Boa sombre, a pour fils le livide crotale ;
« La vieillesse est funèbre et l’enfance est fatale ;
« O mystère effrayant des rois infortunés !
« Démons quand ils sont morts, monstres dès qu’ils sont nés,
« Le genre humain les compte en comptant ses supplices,
« Et de tous leurs cercueils leurs berceaux sont complices.
« Quand le peuple au gibet s’agite agonisant,
« Pas un fil de la corde, hélas, n’est innocent ;
« Quand le monde est aux fers dans l’affreuse géhenne,
« Tout chaînon a sa part du crime de la chaîne.
« Est-il de bons rois ? Non, dit Épictète ; non,
« Dit Platon ; non, dit Jean à Pathmos ; et Zénon
« Dit : Il est de bons rois comme de bonnes haches.
«