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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/47

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Pleure et grince des dents sous les trônes de fer ;
« Les rois sont des Plutons dont la terre est l’Érèbe.
« Sur ces durs chevalets, guerre, famine, glèbe,
« Le genre humain râlait dans le bagne fatal,
« Scié par deux bourreaux, l’ignorance et le mal ;
« La mort, entre ses doigts qu’une flamme environne,
« Tournant l’horrible scie, en a fait la couronne.
« Est-il un roi sans deuil, sans trouble et sans remords ?
« Hélas ! en est-il un qui, s’il va chez les morts,
« Ne s’entende nommer tout bas dans l’ossuaire ?
« Tout monarque est un pli de l’immense suaire.
« Les meilleurs font pleurer, saigner, souffrir, crier ;
« Trajan est prescripteur, Titus est meurtrier ;
« Ces despotes sont hors de la loi naturelle.
« Et qu’est-ce que pourrait bégayer Marc-Aurèle
« Entre Octave, l’ancêtre, et Commode, le fils ?
« Tarquin tient Rome, Thèbe est sous Aménophis,
« Jean règne sur la neige et Rustem sur les sables,
« Tous se mêlent dans l’ombre, et tous sont responsables ;
« On voit tous les mauvais sous les bons transparents.
« Nuit triste ! le lion et le loup sont parents ;
«