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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/21

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Crime ! ô le plus hideux des meurtres, flatterie !
O de tous les poisons le plus lâche, le miel !
Crever les yeux d’une âme à peine hors du ciel !
Submerger dans l’orgueil une raison qui flotte !
Dessécher un enfant, hélas ! faire un despote !
Faire un prodigieux égoïste ! un tyran
Arrêtant le progrès sur le divin cadran !
Faire un être effréné qui dira : — Je suis l’arche !
Je suis l’autel ! ― pour qui le genre humain en marche,
Le bien, le mal, les yeux en pleurs, l’homme vivant,
Ne seront que de l’ombre et du bruit et du vent !
Déchaîner un sinistre avenir dans le Louvre !
Abuser du moment où toute lèvre s’ouvre
Pour lui verser ce philtre exécrable et nouveau !
Dénaturer un cœur ! forcener un cerveau !
Enivrer l’ignorance, enivrer l’innocence
Du formidable vin de la toute-puissance !
Mettre, avec un sourire abject et triomphant,
Tout un peuple, hochet, dans la main d’un enfant,
Et les laisser rouler l’un et l’autre aux abîmes !