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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/131

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Parlait et fourmillait et contemplait la fête ;
Huss vit venir à-lui cet homme, cette bête,
Cet être misérable et bas que l’effroi suit,
Espèce de vivant terrible de la nuit ;
Difforme sous le faix de l’horreur éternelle,
Ayant le flamboiement des bûchers pour prunelle,
Il était là, tordant sa bouche sous l’affront ;
On voyait des reflets de spectres sur son front
Où se réverbéraient les supplices sans nombre ;
Toute sa vie était sur son visage sombre,
L’isolement, le deuil, l’anathème, ce don
Du meurtre qu’on lui fait au-dessous du pardon,
La mort qui le nourrit du sang de sa mamelle,
Son lit fait d’un morceau du gibet, sa femelle,
Ses enfants, plus maudits que les petits des loups,
Sa maison triste où vient regarder par les trous
L’essaim des écoliers qui s’enfuit dès qu’il bouge ;
Ses poings, cicatrisés à toucher le fer rouge,
Se crispaient ; les soldats le nommaient en crachant ;
Il approchait, courbé, plié, souillé, méchant,
Honteux, de l’échafaud cariatide affreuse ;