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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/128

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Remords, voilà sa vie ; il se redit les noms
Des bannis, des captifs plongés aux cabanons,
De ceux qu’il a jetés là-bas à l’agonie ;
Le vent râle la nuit pendant son insomnie ;
Pâle, il prête l’oreille ; il écoute le cri
De Pathmos, de Syène ou de Sinnamari ;
S’il dort, quel songe ! il voit Tibère lui sourire,
Brutus rôder, Caton saigner, Tacite écrire ;
Il a beau vivre, idole, au fond d’un tourbillon,
Mettre dans toute bouche ou l’hymne ou le bâillon ;
Que dira l’avenir ? Il se sent responsable
Des fièvres de l’exil, de la plage de sable,
Du marais, du soleil, et du zèle d’en bas,
Du geôlier harcelant ces fers et ces grabats,
Du valet tourmenteur qui crée, invente, innove,
Et le flatte en frappant la victime ; Hudson Lowe
Pèse plus sur les rois que sur Napoléon.

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