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rappel à l’ordre. Cela ne serait que risible si la droite finissait par écouter. Mais non. C’est l’interruption à jet continu. Nul moyen de dire sa pensée tout entière. La majorité ne veut pas qu’une idée se fasse jour. C’est la voie de fait et la violence remplaçant la discussion. L’Assemblée n’a pas voulu entendre Garibaldi, et il n’a pu rester dans l’Assemblée plus d’un jour. Elle n’a pas voulu m’entendre, et j’ai donné ma démission. Tenez, le jour où M. Thiers cessera de leur plaire, la droite le traitera comme elle a traité Garibaldi, comme elle m’a traité, et je ne serais pas surpris qu’elle le forçât, lui aussi, à donner sa démission. [Note : Ceci s’est réalisé. Séance du 24 août.] Ne nous faisons aucune illusion.

La Chambre introuvable est retrouvée, nous sommes en 1815.

C’est du reste une loi, toute invasion étrangère est suivie d’une invasion monarchique. Après le droit de force, le droit divin. Après le glaive, le sceptre.

Ce sera pour moi un insigne honneur et un beau souvenir d’avoir présidé pendant quelques jours, moi le moindre d’entre vous, cette généreuse réunion ; cette réunion où vous êtes, vous, Louis Blanc, historien profond, orateur puissant, grande âme ; vous Schoelcher, duquel j’ai dit : Schoelcher a élevé la vertu jusqu’à la gloire ; vous Peyrat, grand journaliste, conscience droite et talent fier ; vous, Lockroy, esprit éclatant et intrépide ; vous, Langlois, combattant de la tribune comme du champ de bataille ; vous, Joigneaux, vous, Edmond Adam, vous, Floquet, vous, Martin-Bernard, vous, Naquet, vous, Brisson, hommes éloquents et vaillants, vous tous, car tous comptent ici. Chez les vieux, la vétérance n’exclut pas l’énergie ; chez les jeunes, l’ardeur n’exclut pas la gravité. Dans le camp démocratique, on mûrit vite et on ne vieillit pas.

Je vous quitte, mais, je le répète, c’est pour mieux combattre. Quand l’interruption devient la mutilation, l’orateur doit descendre de la tribune ; il le doit à sa dignité, il le doit à la liberté. Mais je serai l’orateur du dehors. Je reste votre auxiliaire. Une haine systématique étouffe ici ma voix. Mais on étouffe une voix, on n’étouffe pas une pensée. Paralysé ici, je retrouve hors d’ici toute ma liberté