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La seconde au nom du centre gauche, l’envoyé était M. Target.

Victor Hugo, en les remerciant avec émotion de leur démarche, leur a expliqué les raisons qui l’obligeaient à persister dans sa résolution et à maintenir sa démission.

L’Assemblée qui a chassé Garibaldi a refusé d’entendre Victor Hugo. Ces deux actes suffiront à l’histoire pour la juger. Nous ne regrettons pas seulement l’admirable orateur que nous n’entendrons plus, nous regrettons encore, nous jeunes gens, cette grande indulgence, cette grande bienveillance et cette grande bonté qui étaient près de nous. C’est un triple deuil.

Le tumulte a été grand. La majorité, non contente d’avoir invalidé l’élection de Garibaldi, a voulu qu’il fût calomnié à la tribune. Un député-que je ne connais pas-mais que l’Assemblée a pris pour le général Ducrot, s’est chargé de ce soin. Ce député a donné à entendre qu’il fallait attribuer à Garibaldi la défaite de l’armée de l’Est. J’ai senti, à ces mots, comme tous les honnêtes gens, une vive indignation, et je n’ai pu me retenir de demander la parole. Elle me fut retirée dès mes premières phrases, je ne sais pourquoi. Je voulais seulement faire remarquer à mes honorables collègues qu’ils étaient dans une erreur complète touchant le général Ducrot et le député qui, si audacieusement, usurpait ce titre et ce nom.

Le général Ducrot, dans une circulaire célèbre, a dit :

— Je reviendrai mort ou victorieux !

Or le général Ducrot n’est point homme à prononcer de telles paroles en l’air. Il a été, malheureusement, vaincu, et je le tiens pour mort. On me dira tout ce qu’on voudra, je n’en démordrai point. Le général Ducrot est mort. Et le député qui a parlé hier et qui paraît se porter fort bien n’est point le général Ducrot.

M. Jules Favre a dit, il est vrai : « Ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses », et il a donné l’Alsace et il a donné la Lorraine. M. Trochu a dit : "Je ne capitulerai pas", et il a prié un de ses amis de capituler. Mais M. le général Ducrot est mort. Jamais on ne me persuadera le contraire.

M. le général Ducrot, s’il avait vécu, aurait compris qu’il n’appartenait point à un général battu d’attaquer un général victorieux ; il n’aurait rappelé ni Wissembourg, où il a été défait, ni Buzenval, où il est arrivé six heures trop tard. Il se serait tu,-se conformant à cet axiome que les grandes douleurs doivent être muettes.

L’histoire compte déjà le faux Démétrius et le faux Smerdis. Nous avons le faux Ducrot. Voilà tout.-ÉDOUARD LOCKROY.