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peuple, qui, bien qu’en pleine émotion révolutionnaire, a voulu faire cortége à ce cercueil ; le 21 mars, je suis parti pour Bruxelles, où la tutelle de deux orphelins et la loi qui règle les liquidations de communauté exigeaient ma présence ; de Bruxelles, j’ai combattu la Commune à propos de l’abominable décret des otages et j’ai dit : Pas de représailles ; j’ai rappelé à la Commune les principes, et j’ai défendu la liberté, le droit, la raison, l’inviolabilité de la vie humaine ; j’ai défendu la Colonne contre la Commune et l’Arc de triomphe contre l’Assemblée ; j’ai demandé la paix et la conciliation, j’ai jeté contre la guerre civile un cri indigné ; le 26 mai, au moment où la victoire se décidait pour l’Assemblée, le gouvernement belge ayant mis hors la loi les vaincus, qui étaient les hommes mêmes que j’avais combattus, j’ai réclamé pour eux le droit d’asile, et, joignant l’exemple au précepte, j’ai offert l’asile dans ma maison ; le 27 mai, j’ai été attaqué la nuit chez moi par une bande dont faisait partie le fils d’un membre du gouvernement belge ; le 29 mai, j’ai été expulsé par le gouvernement belge ; en résumé j’ai fait mon devoir, rien que mon devoir, tout mon devoir ; qui fait son devoir est habituellement abandonné ; c’est pourquoi, ayant eu en février dans les élections de Paris 214,000 voix, je suis surpris qu’il m’en soit resté en juillet 57,000.

J’en suis profondément touché.

J’ai été heureux des 214,000 ; je suis fier des 57,000.

(Écrit à Vianden, en juillet 1871.)