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I

Sur la tombe de Jean Bousquet

Cimetière de Saint-Jean, à Jersey
20 avril 1853.

Victor Hugo à Jersey habitait une solitude, une maison appelée Marine-Terrace, isolée au bord de la mer.

Cependant les proscrits commençaient à mourir. Un homme ne doit pas être mis dans la tombe sans qu’une parole soit dite qui aille de lui à Dieu.

Les proscrits vinrent trouver Victor Hugo, et lui demandèrent de dire, au nom de tous, cette parole.

Citoyens,

L’homme auquel nous sommes venus dire l’adieu suprême, Jean Bousquet, de Tarn-et-Garonne, fut un énergique soldat de la démocratie. Nous l’avons vu, proscrit inflexible, dépérir douloureusement au milieu de nous. Le mal le rongeait ; il se sentait lentement empoisonné par le souvenir de tout ce qu’on laisse derrière soi ; il pouvait revoir les êtres absents, les lieux aimés, sa ville, sa maison ; il pouvait revoir la France, il n’avait qu’un mot à dire, cette humiliation exécrable que M. Bonaparte appelle amnistie ou grâce s’offrait à lui, il l’a chastement repoussée,