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tous les passés honnêtes s’acceptant, toutes les dates de l’épreuve fraternisant, toutes les natures les plus diverses mises d’accord, toutes, depuis les militants jusqu’aux philosophes, depuis Charras, l’homme de guerre, jusqu’à Agricol Perdiguier, l’homme de paix ; depuis ceux qui, enfants de troupe de l’Idée, ont eu le bonheur de naître et de grandir dans la foi républicaine, jusqu’à ceux qui, comme moi, nés dans d’autres rangs, ont monté de progrès en progrès, d’horizon en horizon, de sacrifice en sacrifice, à la démocratie pure.

J’ai vu cela, je le répète, et c’est à nous, les nouveaux venus, d’en féliciter la république.

Je dis les nouveaux venus, car nous autres, les républicains d’après Février, nous sommes, je le sais et j’y insiste, les ouvriers de la dernière heure ; mais on peut s’en vanter, quand cette dernière heure a été l’heure de la persécution, l’heure des larmes, l’heure du sang, l’heure du combat, l’heure de l’exil.

J’ai vu en Belgique l’admirable spectacle de la souffrance doucement et fermement supportée. Tous prennent part aux amertumes de l’épreuve comme à un banquet commun. Ils s’aiment et ils croient. Oh ! vous qui êtes leurs frères, laissez-moi, par une dernière illusion, prolonger ici l’adieu que je leur ai fait ! Laissez-moi glorifier ces hommes qui souffrent si bien ! ces ouvriers arrachés à la ville qui nourrissait leur corps et illuminait leur intelligence, ces paysans déracinés du champ natal ; et les autres non moins méritants, lettrés, professeurs, artistes, avocats, notaires, médecins, car toutes les professions ont eu tous les courages ; laissez-moi glorifier ces bannis, ces chassés, ces persécutés, et, au milieu de tous, ces représentants du peuple qui, après avoir lutté trois ans à la tribune contre une coalition de réactions, de trahisons et de haines, ont lutté quatre jours dans la rue contre une armée ! Ces représentants, je les ai connus, ils sont mes amis, laissez-moi vous en parler, permettez-moi ces effusions, je les ai vus dans les mêlées ; je les ai vus sur le penchant des catastrophes ; j’ai vu leur calme dans les barricades ; j’ai vu, ce qui est plus rare que le courage militaire, leur front intrépide dans les luttes parlementaires, pendant que