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contrarient pas ce songe. Les vastes oublis qui vous environnent n’y font rien ; la pensée arrive au calme, mais à un calme qui admet ce trouble ; l’épaisse enveloppe des ténèbres laisse passer la lueur qui vient de derrière l’horizon, et qui est Paris. On y pense, donc on le possède. Il se mêle, indistinct, aux diffusions muettes de la méditation. L’apaisement sublime du ciel constellé ne suffit pas à dissoudre au fond d’un esprit cette grande figure de la cité suprême. Ces monuments, cette histoire, ce peuple en travail, ces femmes qui sont des déesses, ces enfants qui sont des héros, ces révolutions commençant par la colère et finissant par le chef-d’œuvre, cette toute-puissance sacrée d’un tourbillon d’intelligences, ces exemples tumultueux, cette vie, cette jeunesse ; tout cela est présent à l’absent ; et Paris reste inoubliable, et Paris demeure ineffaçable et insubmersible, même pour l’homme abîmé dans l’ombre qui passe ses nuits en contemplation devant la sérénité éternelle, et qui a dans l’âme la stupeur profonde des étoiles.

Novembre 1875.