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demander : Y a-t-il du mérite à être honnête homme ? Un proscrit est un honnête homme qui persiste dans l’honnêteté. Voilà tout.

Il y a telle époque où cette persistance est rare. Soit. Cette rareté ôte quelque chose à l’époque, mais n’ajoute rien à l’honnête homme.

L’honnêteté, comme la virginité, existe en dehors de l’éloge. Vous êtes pur parce que vous êtes pur. L’hermine n’a aucun mérite à être blanche.

Un représentant proscrit pour le peuple fait un acte de probité. Il a promis, il tient sa promesse. Il la tient au delà même de la promesse, comme doit faire tout homme scrupuleux. C’est en cela que le mandat impératif est inutile ; le mandat impératif a le tort de mettre un mot dégradant sur une chose noble, qui est l’acceptation du devoir ; en outre, il omet l’essentiel, qui est le sacrifice ; le sacrifice, nécessaire à accomplir, impossible à imposer. L’engagement réciproque, la main de l’élu mise dans la main de l’électeur, le mandant et le mandataire se donnent mutuellement parole, le mandataire de défendre le mandant, le mandant de soutenir le mandataire, deux droits et deux forces mêlés, telle est la vérité. Cela étant, le représentant doit faire son devoir, et le peuple le sien. C’est la dette de la conscience acquittée des deux côtés. Mais quoi, se dévouer jusqu’à l’exil ? Sans doute. Alors c’est beau ; non, c’est simple. Tout ce qu’on peut dire du représentant proscrit, c’est qu’il n’a pas trompé sur la qualité de la chose promise. Un mandat est un contrat. Il n’y a aucune gloire à ne point vendre à faux poids.

Le représentant honnête homme exécute le contrat. Il doit aller, et il va, jusqu’au bout de l’honneur et de la conscience. Là il trouve le précipice. Soit. Il y tombe. Parfaitement.

Y meurt-il ? Non, il y vit.