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deux mille cinq cents francs. Cette somme, confiée à l’éditeur Samuel, n’a jamais été remboursée. Le produit total de toutes les éditions des Châtiments a été pendant dix-huit ans confisqué par les éditeurs étrangers.

Les journaux royalistes anglais faisaient sonner très haut l’hospitalité anglaise, mélangée, on s’en souvient, d’assauts nocturnes et d’expulsions, du reste comme l’hospitalité belge. Ce que l’hospitalité anglaise avait de complet, c’était sa tendresse pour les livres des exilés. Elle réimprimait ces livres et les publiait et les vendait avec l’empressement le plus cordial au bénéfice des éditeurs anglais. L’hospitalité pour le livre allait jusqu’à oublier l’auteur. La loi anglaise, qui fait partie de l’hospitalité britannique, permet ce genre d’oubli. Le devoir d’un livre est de laisser mourir de faim l’auteur, témoin Chatterton, et d’enrichir l’éditeur. Les Châtiments en particulier ont été vendus et se vendent encore et toujours en Angleterre au profit unique du libraire Jeffs. Le théâtre anglais n’était pas moins hospitalier pour les pièces françaises que la librairie anglaise pour les livres français. Aucun droit d’auteur n’a jamais été payé pour Ruy Blas, joué plus de deux cents fois en Angleterre.

Ce n’est pas sans raison, on le voit, que la presse royaliste-bonapartiste de Londres reprochait aux proscrits d’abuser de l’hospitalité anglaise.

Cette presse a souvent appelé celui qui écrit ces lignes, avare.

Elle l’appelait aussi « ivrogne », abandonned drinker.

Ces détails font partie de l’exil.

XII

Cet exilé ne se plaint de rien. Il a travaillé. Il a reconstruit sa vie pour lui et pour les siens. Tout est bien.

Y a-t-il du mérite à être proscrit ? Non. Cela revient à