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l’avenir, il voudrait fermer la plaie de la patrie et il demande l’amnistie.

Est-ce un aveugle ? est-ce un voyant ?

XI

En décembre 1851, quand celui qui écrit ces lignes arriva chez l’étranger, la vie eut d’abord quelque dureté. C’est en exil surtout que se fait sentir le res angusta domi.

Cette esquisse sommaire de « ce que c’est que l’exil » ne serait pas complète si ce côté matériel de l’existence du proscrit n’était pas indiqué, en passant, et du reste, avec la sobriété convenable.

De tout ce que cet exilé avait possédé il lui restait sept mille cinq cents francs de revenu annuel. Son théâtre, qui lui rapportait soixante mille francs par an, était supprimé. La hâtive vente à l’encan de son mobilier avait produit un peu moins de treize mille francs. Il avait neuf personnes à nourrir.

Il avait à pourvoir aux déplacements, aux voyages, aux emménagements nouveaux, aux mouvements d’un groupe dont il était le centre, à tout l’inattendu d’une existence désormais arrachée de terre et maniable à tous les vents ; un proscrit, c’est un déraciné. Il fallait conserver la dignité de la vie et faire en sorte qu’autour de lui personne ne souffrît.

De là une nécessité immédiate de travail.

Disons que la première maison d’exil, Marine-Terrace, était louée au prix très modéré de quinze cents francs par an.

Le marché français était fermé à ses publications.

Ses premiers éditeurs belges imprimèrent tous ses livres sans lui rendre aucun compte, entre autres les deux volumes des Oeuvres oratoires. Napoléon le Petit fit seul exception. Quant aux Châtiments, ils coûtèrent à l’auteur