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des ordres à la catastrophe. On eût dit que le naufrage lui obéissait.

À un certain moment il cria :

— Sauvez Clément.

Clément, c’était le mousse. Un enfant.

Le navire décroissait lentement dans l’eau profonde.

On hâtait le plus possible le va-et-vient des embarcations entre le Normandy et la Mary.

— Faites vite, criait le capitaine.

À la vingtième minute le steamer sombra.

L’avant plongea d’abord, puis l’arrière.

Le capitaine Harvey, debout sur la passerelle, ne fit pas un geste, ne dit pas un mot, et entra immobile dans l’abîme. On vit, à travers la brume sinistre, cette statue noire s’enfoncer dans la mer.

Ainsi finit le capitaine Harvey.

Qu’il reçoive ici l’adieu du proscrit.

Pas un marin de la Manche ne l’égalait. Après s’être imposé toute sa vie le devoir d’être un homme, il usa en mourant du droit d’être un héros.

X

Est-ce que le proscrit liait le prescripteur ? Non. Il le combat ; c’est tout. À outrance ? oui. Comme ennemi public toujours, jamais comme ennemi personnel. La colère de l’honnête homme ne va pas au delà du nécessaire. Le proscrit exècre le tyran et ignore la personne du proscripteur. S’il la connaît, il ne l’attaque que dans la proportion du devoir.

Au besoin le proscrit rend justice au proscripteur ; si le proscripteur, par exemple, est dans une certaine mesure écrivain et a une littérature suffisante, le proscrit en convient volontiers. Il est incontestable, soit dit en passant,