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nous, qu’aura gagné l’exemple à cette exécution qui n’a pas osé affronter la grande place, publique et libre, qui par ses détails hideux rappelle à tous les tragédies de l’abattoir, et qu’un formidable réquisitoire vient de dénoncer au monde ?

« Ces pages éloquentes, nous le savons, n’emporteront point la peine de mort et ne rendront pas à la vie le condamné que la justice vient d’abattre ; mais le gibet de Guernesey sera vu de tous les points de la terre ; mais la conscience humaine, qu’avaient peut-être endormie les succès du crime, sera de nouveau remuée dans toutes ses profondeurs, et tôt ou tard, la corde de Tapner cassera, comme au siècle dernier se brisa la roue, sous Calas.

« Quant à nous, gens de la religion nouvelle, quels que puissent être l’avenir et les destinées, nous sommes heureux et fiers que de tels actes et de si grandes paroles sortent de nos rangs ; c’est une espérance, c’est une joie, c’est pour nous une consolation suprême, puisque la patrie nous est fermée, de voir l’idée française rayonner ainsi sur nos tentes de l’exil, l’idée de France n’est-ce pas encore le soleil de France ?

« Et voyez ; pour que l’enseignement, sans doute, soit entier et décisif, comme les rôles s’éclairent ! Liée par les textes, il faut le reconnaître, la justice condamne ; souveraine et libre, la politique maintient, elle assure son cours à la loi de sang ; apôtres de charité, missionnaires de miséricorde, les prêtres de toutes les religions se dérobent, ils n’arrivent que pour l’agonie ; -et qui vient à la grâce ? L’opinion publique ; -et qui la demande ? Un proscrit. Honneur à lui !

« Ainsi, d’une part, les religions et les gouvernements ; de l’autre, les peuples et les idées ; avec nous la vie, avec eux la mort… Les destins s’accompliront !

« CH. RIBEYROLLES. »

On lit dans la Nation du 12 avril 1854 :

« L’affaire Tapner, dont le retentissement a été si grand, vient d’avoir en Amérique une conséquence des plus frappantes et des plus inattendues. Nous livrons le fait à la méditation des esprits sérieux.

« Dans les premiers jours de février dernier, un nommé Julien fut condamné à mort à Québec (Canada), pour assassinat sur la personne d’un nommé Pierre Dion, son beau-père. C’est en ce moment-là précisément que les journaux d’Europe apportèrent au Canada la lettre adressée au peuple de Guernesey, par Victor Hugo, pour demander la grâce de Tapner.

« Le Moniteur canadien du 16 février, que nous avons sous les