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fonds secrets s’épanouissent en outrages publics. Les despotes, dans leur guerre aux proscrits, ont deux auxiliaires ; premièrement, l’envie, deuxièmement, la corruption.

Quand on dit ce que c’est que l’exil, il faut entrer un peu dans le détail. L’indication de certains rongeurs spéciaux fait partie du sujet, et nous avons dû pénétrer dans cette entomologie.

VII

Tels sont les petits côtés de l’exil, voici les grands :

Songer, penser, souffrir.

Être seul et sentir qu’on est avec tous ; exécrer le succès du mal, mais plaindre le bonheur du méchant ; s’affermir comme citoyen et se purifier comme philosophe ; être pauvre, et réparer sa ruine avec son travail ; méditer et préméditer, méditer le bien et préméditer le mieux ; n’avoir d’autre colère que la colère publique, ignorer la haine personnelle ; respirer le vaste air vivant des solitudes, s’absorber dans la grande rêverie absolue ; regarder ce qui est en haut sans perdre de vue ce qui est en bas ; ne jamais pousser la contemplation de l’idéal jusqu’à l’oubli du tyran ; constater en soi le magnifique mélange de l’indignation qui s’accroît et de l’apaisement qui augmente ; avoir deux âmes, son âme et la patrie.

Une chose est douce, c’est la pitié d’avance ; tenir la clémence prête pour le coupable quand il sera terrassé et agenouillé ; se dire qu’on ne repoussera jamais des mains jointes. On sent une joie auguste à faire aux vaincus de l’avenir, quels qu’ils soient, et aux fugitifs inconnus une promesse d’hospitalité. La colère désarme devant l’ennemi accablé. Celui qui écrit ces lignes a habitué ses compagnons d’exil à lui entendre dire : — Si jamais, le lendemain d’une révolution, Bonaparte en fuite frappe à ma