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Non, la force n’est pas. Il n’y a que le droit.

Il n’y a que les principes ; il n’y a que la justice et la vérité ; il n’y a que les peuples ; il n’y a que les âmes, ces forces de l’idéal ; il n’y a que la conscience ici-bas et la providence là-haut. ( Sensation. )

Qu’est-ce que la force ? qu’est-ce que le glaive ? Qui donc parmi ceux qui pensent a peur du glaive ? Ce n’est pas nous, les hommes libres de France ; ce n’est pas vous, les hommes libres d’Angleterre. Le droit senti fait la tête haute. La force et le glaive, c’est du néant. Le glaive n’est qu’une lueur hideuse dans les ténèbres, un rapide et tragique évanouissement ; le droit, lui, c’est l’éternel rayon ; le droit, c’est la permanence du vrai dans les âmes ; le droit, c’est Dieu vivant dans l’homme. De là vient que là où est le droit, là est la certitude du triomphe. Un seul homme qui a avec lui le droit s’appelle Légion ; une seule épée qui a avec elle le droit s’appelle la foudre. Qui dit le droit dit la victoire. Des obstacles ? il n’y en a pas. Non, il n’y en a pas. Il n’y a pas de veto contre la volonté dé l’avenir. Voyez où en est la résistance en Europe ; la paralysie gagne l’Autriche et la résignation gagne la Russie. Voyez Naples ; la lutte est vaine. Le passé agonisant perd sa peine. Le glaive s’en va en fumée. Ces êtres appelés Lanza, Landi, Aquila, sont des fantômes. À l’heure qu’il est, François II croit peut-être encore exister ; il se trompe ; je lui déclare ceci, c’est qu’il est une ombre. Il aurait beau refuser toute capitulation, assassiner Messine comme il a assassiné Palerme, se cramponner à l’atrocité ; c’est fini. Il a régné. Les sombres chevaux de l’exil frappent du pied à la porte de son palais. Messieurs, il n’y a que le droit, vous dis-je. Voulez-vous comparer le droit à la force ? Jugez-en par un chiffre. Le 11 mai, à Marsala, huit cents hommes débarquent. Vingt-sept jours après, le 7 juin, à Palerme, dix-huit mille hommes, terrifiés,-s’embarquent. Les huit cents hommes, c’est le droit ; les dix-huit mille hommes, c’est la force.

Oh ! que partout les souffrants se consolent, que les enchaînés se rassurent. Tout ce qui se passe en ce moment, c’est de la logique.

Oui, aux quatre vents de l’horizon, l’espérance ! Que le