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d’émotion, pas de représailles, ayez une tranquillité sévère. La roche ruisselle, mais ne bouge pas. Parfois elle brille du ruissellement. La calomnie finit par être un lustre. À un ruban d’argent sur la rose, on reconnaît que la chenille a passé.

Le crachat au front du Christ, quoi de plus beau !

Un prêtre, un certain Ségur, a appelé Garibaldi poltron. Et, en verve de métaphore, il ajoute : Comme la lune.-Garibaldi poltron comme la lune ! Ceci plaît à la pensée. Et il en découle des conséquences. Achille est lâche, donc Thersite est brave ; Voltaire est stupide, donc Ségur est profond.

Que le proscrit fasse son devoir, et qu’il laisse la diatribe faire sa besogne.

Que le proscrit traqué, trahi, hué, aboyé, mordu, se taise.

C’est grand le silence.

Aussi bien vouloir éteindre l’injure, c’est l’attiser. Tout ce que l’on jette à la calomnie lui est combustible. Elle emploie à son métier sa propre honte. La contredire, c’est la satisfaire. Au fond, la calomnie estime profondément le calomnié. C’est elle qui souffre ; elle meurt du dédain. Elle aspire à l’honneur d’un démenti. Ne le lui accordez pas. Être souffletée lui prouverait qu’on l’aperçoit. Elle montrerait sa joue toute chaude en disant : Donc j’existe !

VI

D’ailleurs, pourquoi et de quoi les proscrits se plaindraient-ils ? Regardez toute l’histoire. Les grands hommes sont encore plus insultés qu’eux.

L’outrage est une vieille habitude humaine ; jeter des pierres plaît aux mains fainéantes ; malheur à tout ce qui dépasse le niveau ; les sommets ont la propriété de faire