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gaîté de bourreau. Vous payez les dettes d’auberge de cet exilé, c’est un agent ; vous payez le voyage de ce fugitif, c’est un sbire ; vous passez la rue, vous entendez dire : Voilà le vrai tyran ! C’est de vous qu’on parle ; vous vous retournez ; qui est cet homme ? on vous répond : c’est un proscrit. Point. C’est un fonctionnaire. Il est farouche et payé. C’est un républicain signé Maupas. Coco se déguise en Scaevola.

Quant aux inventions, quant aux impostures, quant aux turpitudes, acceptez-les. Ce sont les projectiles de l’empire.

Surtout ne réclamez pas. On rirait. Après la réclamation, l’injure recommencera, la même, sans même prendre la peine de varier ; à quoi bon changer de bave ? celle d’hier est bonne.

L’outrage continuera, sans relâche, tous les jours, avec la tranquillité infatigable et la conscience satisfaite de la roue qui tourne et de la vénalité qui ment. De représailles point ; l’injure se défend par sa bassesse ; la platitude sauve l’insecte. L’écrasement de zéro est impossible. Et la calomnie, sûre de l’impunité, s’en donne à cœur joie ; elle descend à de si niaises indignités que l’abaissement de la démentir dépasse le dégoût de l’endurer.

Les insulteurs ont pour public les imbéciles. Cela fait un gros rire.

On en vient à s’étonner que vous ne trouviez pas tout naturel d’être calomnié. Est-ce que vous n’êtes pas là pour cela ? O homme naïf, vous êtes cible. Tel personnage est de l’académie pour vous avoir insulté ; tel autre a la croix pour le même acte de bravoure, l’empereur l’a décoré sur le champ d’honneur de la calomnie ; tel autre, qui s’est distingué aussi par des affronts d’éclat, est nommé préfet. Vous outrager est lucratif. Il faut bien que les gens vivent. Dame ! pourquoi êtes-vous exilé ?

Soyez raisonnable. Vous êtes dans votre tort. Qui vous forçait de trouver mauvais le coup d’état ? Quelle idée avez-vous eue de combattre pour le droit ? Quel caprice vous a passé par la tête de vous révolter du côté de la loi ? Est-ce qu’on prend la défense du droit et de la loi quand ils n’ont plus personne pour eux ? Voilà bien les démagogues !