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l’empire, c’est par 1812 ; quand ils arborent un aigle, c’est une orfraie ; quand ils apportent à un peuple un nom, c’est un faux nom ; quand ils lui font un serment, c’est un faux serment ; quand ils lui annoncent un Austerlitz, c’est un faux Austerlitz ; quand ils lui donnent un baiser, c’est le baiser de Judas ; quand ils lui offrent un pont pour passer d’une rive à l’autre, c’est le pont de la Bérésina.

Ah ! il n’est, pas un de nous, proscrits, qui ne soit navré, car la désolation est partout, car l’abjection est partout, car l’abomination est partout ; car l’accroissement du czar, c’est la diminution delà lumière ; car, moi qui vous parle, l’abaissement de cette grande, fière, généreuse et libre Angleterre m’humilie comme homme ; car, suprême douleur, nous entendons en ce moment la France qui tombe avec le bruit que ferait la chute d’un cercueil !

Vous êtes navrés, mais vous avez courage et foi. Vous faites bien, amis. Courage, plus que jamais ! Je vous l’ai dit déjà, et cela devient plus évident de jour en jour, à cette heure la France et l’Angleterre n’ont plus qu’une voie de salut, l’affranchissement des peuples, la levée en masse des nationalités, la révolution. Extrémité sublime. Il est beau que le salut soit en même temps la justice. C’est là que la providence éclate. Oui, courage plus que jamais ! Dans le péril Danton criait : de l’audace ! de l’audace ! et encore de l’audace ! -Dans l’adversité il faut crier : de l’espoir ! de l’espoir ! et encore de l’espoir ! -Amis, la grande république, la république démocratique, sociale et libre rayonnera avant peu ; car c’est la fonction de l’empire de la faire renaître, comme c’est la fonction de la nuit de ramener le jour. Les hommes de tyrannie et de malheur disparaîtront. Leur temps se compte maintenant par minutes. Ils sont adossés au gouffre ; et déjà, nous qui sommes dans l’abîme, nous pouvons voir leur talon qui dépasse le rebord du précipice. O proscrits ! j’en atteste les ciguës que les Socrates ont bues, les Golgotha où sont montés les Jésus-Christs, les Jéricho que les Josués ont fait crouler ; j’en atteste les bains de sang qu’ont pris les Thraséas, les braises ardentes qu’ont mâchées les Porcias, épouses des Brutus, les bûchers d’où les Jean Huss ont crié : le cygne naîtra ! j’en atteste ces mers qui nous