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agite une liasse de journaux. [Note : Voir aux Notes.]).-Oui, j’insiste, pas de secours. Quatre chirurgiens, sur le Vulcain, quatre chirurgiens sur le Colombo, pour neuf cent dix-neuf mourants ! Quant aux turcs, on ne les panse pas du tout. Ils deviennent ce qu’ils peuvent [note : Id. ].-Je ne suis qu’un démagogue et un buveur de sang, je le sais bien, mais j’aimerais mieux moins de caisses de médailles bénites au camp de Boulogne, et plus de médecins au camp de Crimée.

Poursuivons.

En Europe, en Angleterre, en France, le contre-coup est terrible. Faillites sur faillites, toutes les transactions suspendues, le commerce agonisant, l’industrie morte. Les folies de la guerre s’étalent, les trophées présentent leur bilan. Pour ce qui est de la Baltique seulement, et en calculant ce qui a été dépensé rien que pour cette campagne, chacun des deux mille prisonniers russes ramenés de Bomarsund coûte à la France et à l’Angleterre trois cent trente-six mille francs par tête. En France, la misère. Le paysan vend sa vache pour payer l’impôt et donne son fils pour nourrir la guerre,-son fils ! sa chair ! Comment se nomme cette chair, vous le savez, l’oncle l’a baptisée. Chaque régime voit l’homme à son point de vue. La république dit chair du peuple ; l’empire dit chair à canon.-Et la famine complète la misère. Comme c’est avec la Russie qu’on se bat, plus de blé d’Odessa. Le pain manque. Une espèce de Buzançais couve sous la cendre populaire et jette ses étincelles çà et là. À Boulogne, l’émeute de la faim, réprimée par les gendarmes. À Saint-Brieuc, les femmes s’arrachent les cheveux et crèvent les sacs de grains à coups de ciseaux. Et levées sur levées. Emprunts sur emprunts. Cent quarante mille hommes cette année seulement, pour commencer. Les millions s’engouffrent après les régiments. Le crédit sombre avec les flottes. Telle est la situation.

Tout ceci sort du Deux-Décembre.

Nous, proscrits dont le cœur saigne de toutes les plaies de la patrie et de toutes les douleurs de l’humanité, nous