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latin. Entre ces deux prétentions opposées que faisait l’islamisme ? Il tenait la balance égale, c’est-à-dire la porte fermée, et ne laissait entrer dans le tombeau ni la croix grecque, ni la croix latine, ni Moscou, ni Rome. Grand crève-cœur surtout pour le pape latin qui affecte la suprématie. Donc, en thèse générale et en dehors même de M. Bonaparte, quel présent offrir au pape de Rome pour le déterminer à sacrer et couronner n’importe quel bandit ? Posez la question à Machiavel, il vous répondra : « Rien de plus simple. Faire pencher à Jérusalem la balance du côté de Rome ; rompre devant le tombeau du Christ l’humiliante égalité des deux croix ; mettre l’église d’orient sous les pieds de l’église d’occident ; ouvrir la sainte porte à l’une et la fermer à l’autre ; faire une avanie au pape grec ; en un mot, donner au pape latin la clef du sépulcre. »

C’est ce que Machiavel répondrait. C’est ce que M. Bonaparte a compris ; c’est ce qu’il a fait. On a appelé cela, vous vous en souvenez, l’affaire des Lieux-Saints.

L’intrigue a été nouée. D’abord secrètement. L’agent de M. Bonaparte à Constantinople, M. de Lavalette, a demandé de la part de son maître, au sultan, la clef du tombeau de Jésus pour le pape de Rome. Le sultan, faible, troublé, ayant déjà les vertiges de la fin de l’islamisme, tiraillé en deux sens contraires, ayant peur de Nicolas, ayant peur de Bonaparte, ne sachant à quel empereur entendre, a lâché prise et a donné la clef. Bonaparte a remercié, Nicolas s’est fâché. Le pape grec a envoyé au sérail son légat a latere, Menschikoff, une cravache à la main. Il a exigé, en compensation de la clef donnée à M. Bonaparte pour le pape de Rome, des choses plus solides, à peu près tout ce qui pouvait rester de souveraineté au sultan ; le sultan a refusé ; la France et l’Angleterre ont appuyé le sultan, et vous savez le reste. La guerre d’orient a éclaté.

Voilà les faits.

Rendons à César ce qui est à César et ne donnons pas à Nicolas ce qui est au Deux-Décembre. La prétention de M. Bonaparte à être sacré a tout fait. L’affaire des Lieux-Saints et la clef, c’est là l’origine de tout.

Maintenant, ce qui est sorti de cette clef, le voici :

À l’heure qu’il est, l’Asie Mineure, les îles d’Aland, le