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V SUR LA TOMBE DE FÉLIX BONY

21 septembre 1854.


Citoyens,

Encore un condamné à mort par l’exil qui vient de subir sa peine !

Encore un qui meurt tout jeune, comme Hélin, comme Bousquet, comme Louise Julien, comme Gaffney, comme Izdebski, comme Cauvet ! Félix Bony, qui est dans cette bière, avait vingt-neuf ans.

Et, chose poignante ! les enfants tombent aussi ! Avant d’arriver à cette sépulture, tout à l’heure, nous nous sommes arrêtés devant une autre fosse, fraîchement ouverte comme celle-ci, où nous avons déposé le fils de notre compagnon d’exil Eugène Beauvais, pauvre enfant mort des douleurs de sa mère, et mort, hélas ! presque avant d’avoir vécu !

Ainsi, dans la douloureuse étape que nous faisons, le jeune homme et l’enfant roulent pêle-mêle sous nos pieds dans l’ombre.

Félix Bony avait été soldat ; il avait subi cette monstrueuse loi du sang qu’on appelle conscription et qui arrache l’homme à la charrue, pour le donner au glaive.

Il avait été ouvrier ; et, chômage, maladie, travail au rabais, exploitation, marchandage, parasitisme, misère, il