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Qu’elle broie, écrase, efface, anéantisse, toutes les vieilles institutions déshonorées, c’est là sa mission politique ; mais qu’elle fasse marcher de front sa mission sociale et qu’elle donne du pain aux travailleurs ! Qu’elle préserve les jeunes âmes de l’enseignement,-je me trompe,-de l’empoisonnement jésuitique et clérical, mais qu’elle établisse et constitue sur une base colossale l’instruction gratuite et obligatoire ! Savez-vous, citoyens, ce qu’il faut à la civilisation, pour qu’elle devienne l’harmonie ? Des ateliers, et des ateliers ! des écoles, et des écoles ! L’atelier et l’école, c’est le double laboratoire d’où sort la double vie, la vie du corps et la vie de l’intelligence. Qu’il n’y ait plus de bouches affamées ! qu’il n’y ait plus de cerveaux ténébreux ! Que ces deux locutions, honteuses, usuelles, presque proverbiales, que nous avons tous prononcées plus d’une fois dans notre vie : — cet homme n’a pas de quoi manger ; -cet homme ne sait pas lire ; -que ces deux locutions, qui sont comme les deux lueurs de la vieille misère éternelle, disparaissent du langage humain !

Qu’enfin, comme le 24 Février, la grande date future, la révolution prochaine, fasse dans tous les sens des pas en avant, mais qu’elle ne fasse point un pas en arrière ! qu’elle ne se croise pas les bras avant d’avoir fini ! que son dernier mot soit : suffrage universel, bien-être universel, paix universelle, lumière universelle !

Quand on nous demande : qu’entendez-vous par République Universelle ? nous entendons cela. Qui en veut ? ( Cri unanime : -Tout le monde !)

Et maintenant, amis, cette date que j’appelle, cette date qui, réunie au grand 24 Février 1848 et à l’immense 22 septembre 1792, sera comme le triangle de feu de la révolution, cette troisième date, cette date suprême, quand viendra-t-elle ? quelle année, quel mois, quel jour illustrera-t-elle ? de quels chiffres se composera-t-elle dans la série ténébreuse des nombres ? sont-ils loin ou près de nous, ces chiffres encore obscurs et destinés à une si prodigieuse lumière ? Citoyens, déjà, dès à présent, à l’heure où je parle, ils sont écrits sur une page du livre de l’avenir, mais cette page-là, le doigt de Dieu ne l’a pas encore tournée. Nous ne savons rien, nous méditons,