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I

Le droit incarné, c’est le citoyen ; le droit couronné, c’est le législateur. Les républiques anciennes se représentaient le droit assis dans la chaise curule, ayant en main ce sceptre, la loi, et vêtu de cette pourpre, l’autorité. Cette figure était vraie, et l’idéal n’est pas autre aujourd’hui. Toute société régulière doit avoir à son sommet le droit sacré et armé, sacré par la justice, armé de la liberté.

Dans ce qui vient d’être dit, le mot force n’a pas été prononcé. La force existe pourtant ; mais elle n’existe pas hors du droit ; elle existe dans le droit.

Qui dit droit dit force.

Qu’y a-t-il donc hors du droit ?

La violence.

Il n’y a qu’une nécessité, la vérité ; c’est pourquoi il n’y a qu’une force, le droit. Le succès en dehors de la vérité et du droit est une apparence. La courte vue des tyrans s’y trompe ; un guet-apens réussi leur fait l’effet d’une victoire, mais cette victoire est pleine de cendre ; le criminel croit que son crime est son complice ; erreur ; son crime est son punisseur ; toujours l’assassin se coupe à son couteau ; toujours la trahison trahit le traître ; les délinquants, sans qu’ils s’en doutent, sont tenus au collet par leur forfait, spectre invisible ; jamais une mauvaise action ne vous lâche ; et fatalement, par un itinéraire inexorable, aboutissant aux cloaques de sang pour la gloire et aux abîmes de boue pour la honte, sans rémission pour les