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visiteur : — Comment êtes-vous ? -J’ai plus peur de la mort que jamais.-Est-ce du supplice que vous avez peur ? -Non, pas de cela… Mais quitter mes enfants ! et il s’était mis à pleurer. Puis il avait ajouté : — Pourquoi ne me laisse-t-on pas le temps de me repentir ?

La dernière nuit, il a lu plusieurs fois le psaume 51. Puis, après s’être étendu un moment sur son lit, il s’est jeté à genoux. Un assistant s’est approché et lui a dit : — Sentez-vous que vous avez besoin de pardon ? Il a répondu : Oui. La même personne a repris : — Pour qui priez-vous ? Le condamné a dit : Pour mes enfants. Puis il a relevé la tête, et l’on a vu son visage inondé de larmes, et il est resté à genoux. Entendant sonner quatre heures du matin, il s’est tourné et a dit aux gardiens : — J’ai encore quatre heures, mais où ira ma misérable âme ? Les apprêts ont commencé ; on l’a arrangé comme il fallait qu’il fût ; le bourreau de Guernesey pratique peu ; le condamné a dit tout bas au sous-shérif : — Cet homme saura-t-il bien faire la chose ? -Soyez tranquille, a répondu le sous-shérif. Le procureur de la reine est entré ; le condamné lui a tendu la main ; le jour naissait, il a regardé la fenêtre blanchissante du cachot et a murmuré : Mes enfants ! Et il s’est mis à lire un livre intitulé : CROYEZ ET VIVEZ.

Dès le point du jour une multitude immense fourmillait aux abords de la geôle.

Un jardin était attenant à la prison. On y avait dressé l’échafaud. Une brèche avait été faite au mur pour que le condamné passât. À huit heures du matin, la foule encombrant les rues voisines, deux cents spectateurs « privilégiés » étant dans le jardin, l’homme a paru à la brèche. Il avait le front haut et le pas ferme ; il était pâle ; le cercle rouge de l’insomnie entourait ses yeux. Le mois qui venait de s’écouler l’avait vieilli de vingt années. Cet homme de trente ans en paraissait cinquante. « Un bonnet de coton blanc profondément enfoncé sur la tête et relevé sur le front,-dit un témoin oculaire [note : Exécution de J.-C. Tapner. (Imprimé au bureau du Star de Guernesey.)],-vêtu de la redingote brune qu’il portait aux débats, et chaussé