Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome V.djvu/229

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Sous les chapeaux de fleurs et sous les capuchons ;
Hélas ! la providence étant une haridelle,
Tout va mal ; l’ouragan souffle notre chandelle ;
La mer tue, et l’étang est pestilentiel ;
La constellation est blanche, mais le ciel
Est noir, et l’on a peur pour elle en cet abîme ;
La nuit a toujours l’air de venir faire un crime ;
Et souvent on se dit, voyant tout se ternir :
Est-ce que par hasard l’univers va finir ?
La lumière en ce puits semble bien malheureuse !
Que la roue est fragile et que l’ornière est creuse !
Oui, mais sais-tu pourquoi, malgré tous les cahots
De ce vieux coche-là, je crains peu le chaos,
Et pourquoi le sourire à mes terreurs se mêle ?
C’est que le gouffre est mâle et l’étoile est femelle.
On s’épousera. Dieu ne serait qu’un faquin
S’il n’eût fait Colombine exprès pour Arlequin.
Voir sous un canezou de gaze ou de barége
Un sein blanc se gonfler, c’est rassurant. J’abrège.
Marquis, toujours, ainsi qu’Isaac Laquedem,
L’amour sans s’arrêter marche, omnibus idem,
Inépuisable, avec nos cinq sens dans sa poche.
Suivons-le ; car la mort, cette voleuse, approche.
Ah ! n’ayons pas d’esprit, nous n’avons pas le temps ;
Bornons-nous, et soyons des idiots contents.
L’âge tanne et brunit le cuir des philosophes,
C’est bien. Fais des calculs, des songes ou des strophes,
Sois citoyen dans Rome ou roi dans Lilliput,
Aie une mitre ou bien un casque à l’occiput,
Coiffe-toi d’un tromblon ou prends pour hygiène
De porter un bonnet de mode phrygienne,
Fais ce que lu voudras, sois dieu par le biceps,
Et sois Hercule, ou coupe un isthme, et sois Lesseps,
Mais ne demande point à ceux qui réfléchissent
Pourquoi la peau noircit et les cheveux blanchissent,
Et sache seulement ceci qu’il faut aimer.
Dépêche-toi. Marquis, vite, il faut t’enflammer,
Soupirer, être bête à tes périls et risques.
Nos jours l’un après l’autre errent comme des disques
Lancés par un joueur sombre, et roulent au fond
Du gouffre où nos destins inconnus se refont.
Mais le marquis est fou qui se donne l’étude
D’attraper l’oiseau bleu qu’on nomme certitude.
Ah ! quand il s’agit, l’homme étant aux vents jeté,