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Guérissons l’oiseau.

Elle cueille une feuille dans une tente du parapet.

Guérissons l’oiseau. Feuille, ô dictame de Crète,
J’invoque ta vertu redoutable et secrète.
Poison pour tous, pour lui sois la vie.

Elle frotte avec la feuille l’aile de l’oiseau qui semble inanimé.

Poison pour tous, pour lui sois la vie. Est-ce pas,
Nature, que tu hais les semeurs de trépas
Qui dans l’air frappent l’aigle et sur l’eau la sarcelle,
Et font partout saigner la vie universelle !

Elle continue de frotter la blessure ; l’oiseau reprend force et mouvement.

L’aile n’est que meurtrie. Il renaît. À présent
Va porter ton haineux message, être innocent.

Elle lui rattache le papier à la patte.

Ton bec est rose, oiseau cher au devin, au mage,
Au scalde, et l’arc-en-ciel est dans ton doux plumage.
Te voilà guéri. Va.

Te voilà guéri. Va. Elle lâche le pigeon qui s’envole. — Elle écoute.

Te voilà guéri. Va. J’entends marcher.

Elle se hâte en chancelant et sort.
Entrent le roi de Man et Mess Tityrus, chacun une sarbacane à la main.
Mess Tityrus a une gibecière au côté.



SCÈNE DEUXIÈME.

LE ROI DE MAN, MESS TITYRUS ;
par instants, AÏROLO.


Le roi et Mess Tityrus viennent de la forêt du côté opposé à celui par où est sortie Zineb. Ils s’arrêtent en dehors du mur de clôture. Ils sont suivis à distance par le connétable de l’île et par une troupe d’archers qui s’arrêtent au fond du théâtre.



LE ROI, à Mess Tityrus.

Te voilà guéri. Va. J’entends marcher. Tu l’as
Effrayé, non touché.


MESS TITYRUS.

Effrayé, non touché. Je suis myope, hélas !