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Non, vous ne m'aimez pas, Otbert! la nuit se lève!
— La nuit ! — J'y vais tomber. Vous m'oublirez après.

Otbert.
Mais pour vous je mourrais et je me damnerais !
Je ne vous aime pas! — Elle me désespère !
Depuis un an, du jour où dans ce noir repaire
Je vous vis, au milieu de ces bandits jaloux,
Je vous aimai. Mes yeux, madame, allaient à vous,
Dans ce morne château, plein de crimes sans nombre,
Comme au seul lis du gouffre, au seul astre de l'ombre !
Oui, j'osai vous aimer, vous, comtesse du Rhin !
Vous, promise à Hatto, le comte au cœur d'airain !
Je vous l'ai dit, je suis un pauvre capitaine,
Homme de ferme épée et de race incertaine.
Peut-être moins qu'un serf, peut-être autant qu'un roi.
Mais tout ce que je suis est a vous. Quittez-moi.
Je meurs. — Vous êtes deux dans ce château que j'aime.
Vous d'abord, avant tout, avant mon père même,
Si j'en avais un, — puis
Montrant la porte du donjon.
ce vieillard affaissé
Sous le poids inconnu d'un effrayant passé.
Doux et fort, triste aïeul d'une horrible famille,
Il met toute sa joie en vous, ô noble fille,
En vous, son dernier culte et son dernier flambeau,
Aube qui blanchissez le seuil de son tombeau !
Moi, soldat dont la tête au poids du sort se plie,
Je vous bénis tous deux, car près de vous j'oublie ;
Et mon âme, qu'étreint une fatale loi,
Près de lui se sent grande, et pure près de toi !
Vous voyez maintenant tout mon cœur. Oui, je pleure,
Et puis je suis jaloux, je souffre. Tout à l'heure,
Hatto vous regardait, — vous regardait toujours ! —
Et moi, moi, je sentais, à bouillonnements sourds,
De mon cœur à mon front qu'un feu sinistre éclaire,
Monter toute ma haine et toute ma colère ! —
Je me suis retenu, j'aurais dû tout briser! —
— Je ne vous aime pas ! — Enfant, donne un baiser,
Je te donne mon sang. — Régina, dis au prêtre
Qu'il n'aime pas son Dieu, dis au Toscan sans maître