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de travers. Transversa tuentibus. Elle est suspecte, aux yeux de l’ascète, d’orgie ; aux yeux du savant, d’illusion ; aux yeux du philosophe, de mal pour le bien. Pour l’un elle est libertine, pour l’autre menteuse, pour l’autre féroce. Elle n’est rien de tout cela. Seulement, elle a ce qui nous manque, le temps et l’espace. Rien ne la presse et rien ne la borne. Sa ligne n’est pas droite et nous échappe. Elle prend pour arriver à son but le détour de l’infini.

Elle serpente dans un possible qui n’est pas le nôtre. N’ayant point notre limite, elle n’a point notre morale. Elle serait le monstre, si elle n’était la merveille. Pour elle, nous l’avons dit autre part, la fin justifie les moyens. L’absolu seul a ce droit. Probablement, qui est sans mesure peut être sans scrupule. De là les cataclysmes, ces coups d’état de l’irresponsable.

De là aussi les bêtes fléaux. L’antique Python n’est pas une fable. L’hécatonchire existe dans l’infiniment petit. Pourquoi n’existerait-il pas dans l’infiniment grand ? Bonnet de Genève, ce naturaliste ouvert de toute part à l’étude, croyait au Mille-bras proportionné à l’océan. Il avait recueilli sur ce fait cent trente-neuf observations qu’il tenait pour certaines.

Les solitudes de l’eau sont inexplorées. Elles ont des cœcums. À chacun des deux pôles seulement, il existe une surface inconnue de huit cent mille lieues carrées. Qu’y a-t-il là ?

La vie magnétique est centralisée aux pôles.

Ce sont de prodigieux réservoirs d’êtres.

Le Kraken, auquel Buffon croyait, est un Python polaire.

Ces fourmillements de la vie jettent de temps en temps jusqu’à nous des spécimens redoutables. Cuvier a retrouvé le dragon.

L’ornithorinque est un griffon. L’épiornis est l’oiseau Bock des Mille et une Nuits. Une des cabanes-palais des rois de Madagascar a un toit fait de trois plumes d’épiornis. Ces vastes plumes démontrent une envergure d’aigle colossal, et c’est à tort que la science moderne, volontiers amie de la petitesse, et de l’hypothèse diminuante, avait déclaré l’épiornis brévipenne.

Un autre oiseau gigantesque, le moa, est également mis en évidence par les fossiles. Une patte dépasse la hauteur de l’homme (fémur : un pied six pouces, anglais ; tibia : trois pieds trois pouces ; métatarse : un pied huit pouces ; orteil : dix pouces).

La zoologie est aussi illimitée que la cosmographie.

L’hydre est prouvée en quantité suffisante par le requin sur mer et le crocodile sur terre.