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et là où vous sentez le plus l’accablement du sublime, c’est en présence de ce plagiat. Nous avons indiqué ailleurs [1] l’identité de forme entre le soleil et l’araignée. Ces répétitions sont le miracle de l’invention. On contemple effaré, on écoute éperdu. À des profondeurs inouïes, les voix de l’infini se font écho.

Des ressemblances de facture, saisissables à des distances zodiacales, quoi de plus stupéfiant ! Quelle démonstration de l’unité ! La comète s’envole comme la libellule. Une nébuleuse est peut-être un univers dans le cocon. Le firmament et la goutte d’eau ont le même modelé ; l’un et l’autre contiennent des mondes. La reptilité de la chenille ressemble à nos misères et à nos vices ; il y a des ailes dedans. L’ouragan et la colère sortent du même moule.

Ces rapprochements pourraient être multipliés indéfiniment.

On ne doit jamais se lasser d’insister sur l’unité de loi, révélatrice de l’unité d’essence.

Dans ces merveilles logarithmiques de la fécondité créatrice repuisant sans cesse le nouveau dans la même urne à la même source, certaines philosophies infirmes ont voulu voir de la stérilité. Peu s’en faut qu’elles n’aient accusé Dieu de sénilité. Tu rabâches, Jupiter. Le penseur sérieux est plus enthousiasmé et plus confondu encore peut-être par ces grands parallélismes que par les chocs fulgurants de l’imprévu. L’harmonie est une ligne majestueuse à perte de vue. Sa rectitude est un éblouissement. À de certains moments, on devine, on sent que la loi va s’affirmer sous une nouvelle forme ; on voit venir Dieu. Saisissement suprême ! on surprend presque son procédé. Un peu plus il semble qu’on créerait soi-même. C’est comme cela qu’il fait. On a le vertige de mettre la main sur l’outil divin.

Ici, il travaille par antithèse, là par identité. Rien de plus sublime. Il n’y a qu’un patron. La loi animique a les mêmes gravitations que la loi sidérale ; le matériel répercute le moral ; l’équilibre fait la preuve de l’équité ; l’homme est la planète du vrai. Dieu fait tout de la même manière. L’univers est sa synonymie. L’immuable est analogue à l’éphémère. Dieu varie son édifice, non sa géométrie ; son effet, non sa règle. Le cercle de rotation du volvoce lui sert pour l’évolution du globe ; il ne se donne pas la peine d’inventer une autre figure ; puisque l’insecte en use, c’est assez bon pour toi, univers ; et le calme de ia toute-puissance se recopiant a on ne sait quoi qui terrifie. La création s’exfolie sur l’unité. L’épanouissement est autre, la racine est la même. L’aboutissement à l’effroi sacré est tout simple en présence de ces symétries du mystère. L’infiniment grand a pour contrepoids

  1. Légende des siècles.