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ynésie qui apparaît ; c’est l’Australie qui fait son entrée, et qui dit aux continents : Me voilà.

Le foraminifère sécrète de la chaux ; le polycistinée fait du silice. Le fluide vital cosmique bâtit avec cette chaux des Pyrénées, et avec ce silice des Andes.

La dynamique de l’océan est terrifiante à force de simplicité. Elle se compose de ce va-et-vient perpétuel et inverse, sorte de double courant vertical à travers les flots : les sels qui descendent, les gouttes d’eau déminéralisées par les infusoires qui remontent.

Quant à la stagnation de cette masse, stagnation plus lugubre encore que son bouleversement, une fois les profondeurs atteintes, elle dépasse tout ce qu’on peut rêver. Froid hivernal. Nulle vibration. Calme absolu. Pas d’orages. L’eau pétrifiée, pour ainsi dire. Çà et là, les banquises, flottant très loin en haut, jettent des ombres énormes à ce fond formidable.

C’est là que, parmi les spicules d’épongés et quelques rares diatomacées, à la fois plantes et bêtes, rampe le ver de ce sépulcre, le foraminifère, ayant au-dessous de lui un autre ver, le polycistinée ; C’est là que, lugubrement éclairé par la quantité de lumière qui peut passer à travers une vitre épaisse de douze mille mètres, dans le silence, dans l’immuabilité, dans la solitude, l’atome travaille au monde.

Il ne faut pas que ce travailleur soit dérangé. Cet ouvrier a besoin d’isolement, de paix et de recueillement dans son atelier ; et c’est pourquoi quelqu’un (qui donc ?) a placé entre l’ouragan et l’infusoire l’assoupissement de l’océan, et a mis à la tempête une sourdine de trois lieues d’eau dormante.

A de certaines heures pourtant, cette immobilité de cadavre s’émeut. Il n’y a là qu’une seule tempête qui soit possible. L’aurore boréale ne rougit jamais le zénith sans faire tressaillir ce nadir que nous nommons le fond de la mer. Le câble électrique, couvert et caché par les alluvions microscopiques, dort sur l’oaze. Tout à coup l’aiguille magnétique devient comme folle et s’agite d’elle-même, l’électrographe frémit, l’homme s’étonne. Qu’est-ce que ceci ? .Quels sont ces signaux inconnus ? C’est un orage électrique qui éclate au pôle et qui passe au fond de l’océan. C’est un message. De qui ? Du mystère. A qui ? A l’abîme.

Cette terre porte cette mer. La sphère qu’elles font à elles deux tourne dans l’espace autour d’un point donné. Voulez-vous savoir avec quelle vitesse ? La vitesse d’une balle de carabine est de quatorze mille quatre cents lieues par jour, la terre, qui a trois mille lieues de diamètre, fait par jour six cent quarante mille lieues.

Maintenant quittons la terre, quittons la mer ; laissons là ce grain de sable et cette goutte d’eau. Regardons le reste.