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HAN D’ISLANDE



I


Je ne démêle pas, disait le roi Cornu,
xxxxQui diable ce peut être ; il nous faut donc attendre ;
xxxxCar de ce point jamais rien ne nous est venu.
Le général H., la Révolte des Enfers.


L’avez-vous vu ? qui est-ce qui l’a vu ? — Ce
n’est pas moi. — Qui donc ? — Je n’en sais rien.
Sterne, Tristram Shandby.


— Voilà où conduit l’amour, voisin Niels, cette pauvre Guth Stersen ne serait point là étendue sur cette grande pierre noire, comme une étoile de mer oubliée par la marée, si elle n’avait jamais songé qu’à reclouer la barque ou à raccommoder les filets de son père, notre vieux camarade. Que saint Usuph le pêcheur le console dans son affliction !

— Et son fiancé, reprit une voix aiguë et tremblotante, Gill Stadt, ce beau jeune homme que vous voyez tout à côté d’elle, n’y serait point, si, au lieu de faire l’amour à Guth et de chercher fortune dans ces maudites mines de Rœraas, il avait passé sa jeunesse à balancer le berceau de son jeune frère aux poutres enfumées de sa chaumière.

Le voisin Niels, à qui s’adressait le premier interlocuteur, interrompit : — Votre mémoire vieillit avec vous, mère Olly ; Gill n’a jamais eu de frère, et c’est en cela que la douleur de la pauvre veuve Stadt doit être plus amère, car sa cabane est maintenant tout à fait déserte ; si elle veut regarder le ciel pour se consoler, elle trouvera entre ses yeux et le ciel son vieux toit, où pend encore le berceau vide de son enfant, devenu grand jeune homme, et mort.

— Pauvre mère ! reprit la vieille Olly, car pour le jeune homme, c’est sa faute ; pourquoi se faire mineur à Rœraas ?

— Je crois en effet, dit Niels, que ces infernales mines nous prennent un homme par ascalin de cuivre qu’elles nous donnent. Qu’en pensez-vous, compère Braal ?