Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/183

Cette page n’a pas encore été corrigée


Tu fais sortir là-bas des gens de leur chaumière;
Je veux de l'ombre, toi, tu veux de la lumière;
Je voulais des soupirs, toi, tu veux des chansons.
Belle, un baiser! -Jamais. Paix, Monsieur. Finissons.

J'obéis.

Mais pourquoi m'entraînes-tu toi-même
Dans plus d'ombre, et pourquoi murmures-tu: Je t'aime!
O femmes!

Résister et céder, c'est la loi.
Peut-on du mois de mai faire un meilleur emploi
Que de s'aimer, et l'ombre a-t-elle une autre affaire
Que l'hymen de celûi que la beauté préfère
Avec celle que l'âme a choisie? O forêts!
Tu chuchotes encor: Sois sage! Tu voudrais,
Mais tu n'oses. Vivons! Sois Bacchante! Sois Grâce!
Tu t'appelles Barine et je m'appelle Horace.
Quand Catulle avait bu son petit vin sabin
Il ne se gênait pas pour voir Glycère au bain.
Je suis classique. Il faut suivre les doux exemples.
Faire de tous les lieux où tu passes des temples,
C'est ta puissance, amour! je suis-transfiguré.
Ajouter un baiser, c'est monter un degré;
Le ciel, en même temps que la bouche, s'approche.
L'attendrissement gagne et pénètre la roche,
Le granit, l'azur noir des chastes lacs dormants,
Les nuages, les champs, les monts, quand deux amants
Sont là, mêlés, perdus, comme en avril les roses,
Dans le céleste oubli des hommes et des choses.

Moment de calme. Arrêt.