Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/222

Cette page n’a pas encore été corrigée


XXXVIII Je rêve une nature innocente


Je rêve une nature innocente et meilleure ;
Je ne comprends pas bien pourquoi le renard pleure ;
Et comment il se peut que de l’oeil effare
Sorte une larme après qu’un rayon est entré ;
Où la lumière vient doit demeurer la joie ;
Dans ce frais paradis idéal où j’emploie
Mes songes, ou je mets le possible divin,
On chantera ; chanter n’est pas stérile et vain,
Chanter est le doux bruit des esprits sur les cimes ;
En jetant l’harmonie aux profondeurs sublimes,
Aux vents, aux océans, aux sillons, aux prés verts,
Une chanson travaille à l’immense univers ;
La mélodie utile et sainte est une haleine ;
Une femme qui passe en chantant dans la plaine
Mêle une vague lyre au rhythme universel ;
De là, plus d’âme aux fleurs et plus d’azur au ciel ;
De là je ne sais quelle indulgence sereine.

On n’aura pas besoin de se donner de peine
Pour se sentir aimé là-haut dans l’infini ;
Le nid sera sacré, l’épi sera béni ;
Tout germe engendrera son fruit, toute promesse
Tiendra parole, et sàns église ni sans messe,
Sans prêtres, tant sera transparent le ciel bleu,
La sôlf verra la source et lame verra : Dieu.

10 janvier 1876.