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Les écrivains sont tous plus ou moins des démons.
Ils veulent nous ôter le Dieu que nous aimons !
Prenez garde à l’enfer ! Défiez-vous des livres !
Ainsi parlent, avec des gestes de gens ivres,
De pauvres hommes noirs, vaguement égarés,
Qui sont fakirs dans l’Inde et parmi nous curés.
Comme ils sont ignorants, ces chers énergumènes !
Plaignons-les : Leur colère aux phrases inhumaines
S’agite dans de l’ombre, et fait. le triste bruit
Du torrent dans la chute et du vent dans la nuit.
Un jour, terrifiant le pâtre et la vachère,
Un de ces bonzes-là pérorait dans sa chaire ; ,
Le bon bavard farouche aux longs bras, au sommet
De son bahut, orné d’un pigeon, écumait ;
Ce rustre sombre ; avec l’éloquence patoise
Qui ferait rire Athène et fait trembler Pontoise,
Secouait sur Satan, Voltaire et le bon sens
Toutes sortes de coups de foudre paysans.
C’était de quoi frémir. Nonotte, plus de Maistre.
C’était la foi sans fin, le dogme à grand orchestre,
Un Sauveur menaçant qui grinçait et suait,
Et Jocrisse venant secourir Bossuet.
Autour de ce hurleur formidable, les branches
Offraient leur ombre amie aux vagues ailes blanches,
Les halliers étaient pleins de la douceur des nids
D’où sortait le rayon des bonheurs infinis ;
Les plaines étalaient la vaste paix champêtre ;
Ce Dieu, que dans l’église obscurcissait le prêtre
A force de credos et de confiteors,
Le soleil le prouvait tranquillement dehors.