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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/65

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Ossian Dumas ; deux balles lui brisèrent comme d’un seul coup les deux jambes.

Il y avait en ce moment-là dans l’armée deux frères du nom de Dumas, Ossian et Scipion. Scipion était l’aîné. Ils étaient parents assez proches du représentant Madier de Montjau.

Ces deux frères étaient d’une famille honorée et pauvre. L’aîné avait passé par l’école polytechnique, le second par l’école Saint-Cyr.

Scipion Dumas était de quatre ans plus âgé que son frère. D’après cette magnifique et mystérieuse loi d’ascension que la Révolution française a créée, et qui a pour ainsi dire posé une échelle au milieu de la société jusqu’alors fatale et inaccessible, la famille de Scipion Dumas s’était imposé les plus rudes privations pour élargir en lui l’intelligence et devant lui l’avenir. Ses parents, touchant héroïsme des familles pauvres d’aujourd’hui, s’étaient refusé le pain pour lui donner la science. C’est ainsi qu’il était arrivé à l’école polytechnique. Il en devint bien vite un des premiers élèves.

Ses études faites, il fut nommé officier d’artillerie et envoyé à Metz. Alors ce fut son tour d’aider l’enfant qui montait après lui. Il tendit la main à son jeune frère. Il économisa sur sa modique paie de lieutenant d’artillerie, et, grâce à lui, Ossian put passer ses examens et entrer à Saint-Cyr. Ossian devint officier comme Scipion. Pendant que Scipion, fixé par un emploi de son grade, restait à Metz, Ossian, incorporé dans un régiment d’infanterie, allait en Afrique. Il fit là ses premières armes.

Scipion et Ossian étaient républicains. Au mois d’octobre 1851, le 16e de ligne, où Ossian servait, fut appelé à Paris. C’était un des régiments choisis par la main ténébreuse de Louis Bonaparte et sur lesquels le coup d’État comptait.

Le 2 décembre arriva.

Le lieutenant Ossian Dumas obéit, comme presque tous ses camarades, à l’ordre de prise d’armes, mais chacun autour de lui put remarquer son attitude sombre.

La journée du 3 se passa en marches et en contremarches. Le 4 le combat s’engagea. Le 16e, qui faisait partie de la brigade Herbillon, fut désigné pour enlever les barricades des rues Beaubourg, Transnonain et Aumaire.

Ce lieu de combat était redoutable ; il y avait là comme un carrefour de barricades.

C’est par la rue Aumaire, et par le bataillon dont Ossian faisait partie, que les chefs militaires résolurent de faire commencer l’action.

Au moment où le bataillon, armes chargées, allait se diriger vers la rue Aumaire, Ossian Dumas aborda son capitaine, un brave et ancien officier dont il était aimé, et lui déclara qu’il ne ferait point un pas de plus, que l’acte du 2 décembre était un crime, que Louis Bonaparte était un traître, que