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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/54

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Il me demanda :

— Vaincrons-nous ?

— Oui, lui répondis-je.

Nous en étions presque à ne plus douter.

De Flotte et lui voulurent m’accompagner, craignant que je ne fusse arrêté par un bataillon qui gardait la Banque.

Le temps était brumeux et froid, presque ténébreux.

Cette obscurité nous cachait et nous aidait. Le brouillard était pour nous.

Comme nous touchions au coin de la rue de la Vrillière, un groupe à cheval passa.

C’étaient quelques officiers, précédés d’un homme qui semblait militaire, mais qui n’était pas en uniforme. Il portait un caban à capuchon.

De Flotte me poussa le coude, et me dit à demi-voix :

— Connaissez-vous Fialin ?

Je répondis :

— Non.

— L’avez-vous-vu ?

— Non.

— Voulez-vous le voir ?

— Non.

— Regardez-le.

Je regardai.

Cet homme en effet passait devant nous. C’était lui qui précédait le groupe d’officiers. Il sortait de la Banque. Etait-il venu y faire un nouvel emprunt forcé ? Les gens qui étaient sur les portes le considéraient avec curiosité et sans colère. Toute sa personne était insolente. Il se tournait de temps en temps pour dire un mot à l’un de ceux qui le suivaient. Cette petite cavalerie piaffait dans la brume et dans la boue. Fialin avait l’air arrogant d’un homme qui caracole devant un crime. Il regardait les passants d’une façon altière. Son cheval était très beau, et, pauvre bête, semblait très fier. Fialin souriait. Il avait à la main la cravache que sa figure méritait.

Il passa. Je n’ai vu cet homme que cette fois.

De Flotte et Bancel ne me quittèrent que lorsqu’ils m’eurent vu remonter dans mon fiacre. Mon brave cocher m’attendait rue de la Vrillière. Il me ramena au numéro 15 de la rue Richelieu.