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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/40

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VII. Renseignements et rencontres

Lamoricière, dans cette même matinée, trouva moyen de me faire parvenir, par Madame de Courbonne [1], le renseignement que voici [2] :

« – Fort de Ham. – Le commandant s’appelle Baudot. Sa nomination, faite par Cavaignac en 1848, a été contresignée par Charras. Tous deux sont aujourd’hui ses prisonniers. Le commissaire de police envoyé par Morny au village de Ham, pour surveiller les prisonniers et le geôlier, se nomme Dufaure de Pouillac. »

Je pensai, quand la communication me parvint, que le commandant Baudot, « le geôlier », se prêtait à la transmission si rapide de cet avis.

Indice d’ébranlement du pouvoir central.

Lamoricière, par cette même voie, me fit parvenir quelques détails sur son arrestation et sur celle des généraux ses camarades.

Ces détails complètent ceux que j’ai déjà donnés.

L’arrestation des généraux s’exécuta au même moment, dans leurs divers domiciles, avec des circonstances à peu près identiques. Partout les maisons cernées, les portes ouvertes par ruse ou enfoncées de force, les portiers trompés, quelquefois garrottés, des hommes déguisés, des hommes munis de cordes, des hommes armés de haches, la surprise au lit, la violence nocturne. Quelque chose qui ressemblait, comme je l’ai dit, à une invasion de chauffeurs.

Le général Lamoricière a, selon sa propre expression, « le sommeil dur ». Quel que fût le tapage fait à sa porte, il ne s’éveillait pas. Son domestique, ancien soldat dévoué, parla haut et cria pour réveiller le général. Il engagea même une lutte avec les sergents de ville. Un agent de police lui porta un coup d’épée qui lui traversa le genou [3]. Le général fut réveillé, saisi et emmené.

En passant sur le quai Malaquais, Lamoricière aperçut des troupes qui défilaient le sac au dos. Il se pencha vivement à la portière de la voiture. Le commissaire de police qui l’accompagnait pensa qu’il allait haranguer les soldats. Cet homme saisit le général par le bras et lui dit : – Général, si vous dites un mot, je vous mets ceci. Et de l’autre main il montra au général dans l’obscurité quelque chose qui était un bâillon.

  1. Rue d’Anjou-Saint-Honoré, 16
  2. L’auteur a conservé cette note écrite de la main de Lamoricière.
  3. Il a fallu, plus tard, la plaie ayant empiré, couper la jambe du blessé.