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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/22

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» ART. 4. Les fonctionnaires et agents de la force publique sont chargés de l’exécution du présent décret. »Fait à Paris, en assemblée de permanence, le 4 décembre 1831. »

Jules Favre, en me passant le décret pour le signer, me dit en souriant :

— Mettons en liberté vos fils et vos amis.

— Oui, repris-je, quatre combattants de plus sur les barricades [1] ! – Le représentant Dupetz reçut quelques heures plus tard de nos mains ampliation du décret, avec mission de le porter lui-même à la Conciergerie dès que le coup de main que nous préméditions sur la préfecture de police et l’Hôtel de Ville aurait réussi. Malheureusement ce coup de main manqua.

Survint Landrin. Ses fonctions à Paris, en 1848, l’avaient mis à même de connaître à fond le personnel de la police politique et de la police municipale. Il nous prévint qu’il avait vu rôder aux alentours des figures suspectes. Nous étions rue Richelieu, presque vis-à-vis le Théâtre-Français, un des points où abondent le plus de passants, et par conséquent un des points les plus surveillés. Les allées et venues des représentants qui se mettaient en communication avec le comité et qui entraient et sortaient sans cesse seraient inévitablement remarquées et amèneraient une descente de police. Les portiers et les voisins manifestaient déjà un étonnement inquiétant. Nous courions, Landrin le constatait et l’affirmait, les plus grands dangers. – Vous allez être pris et fusillés, nous dit-il.

Il nous conjura de nous transporter ailleurs. Le frère de M. Grévy, consulté par nous, nous déclara qu’il ne pouvait répondre des gens de sa maison.

Mais que faire ? Traqués depuis deux jours, nous avions épuisé à peu près toutes les bonnes volontés, un asile nous avait été refusé la veille, et en ce moment-là aucune maison ne nous était offerte. Depuis la surveille nous avions changé dix-sept fois d’asile, allant parfois d’une extrémité de Paris à l’autre. Nous commencions à ressentir quelque lassitude. D’ailleurs, je l’ai dit déjà, la maison où nous étions avait ce précieux avantage d’une issue par les derrières sur la rue Fontaine-Molière. Nous nous décidâmes à rester. Seulement nous crûmes devoir prendre nos précautions.

Tous les genres de dévouement éclataient dans les rangs de la gauche autour de nous. Un membre notable de l’Assemblée, un homme d’un rare esprit et d’un rare courage, Durand-Savoyat, s’était fait depuis la veille et est resté jusqu’au dernier jour notre gardien, disons plus, notre huissier et

  1. Paul Meurice et Auguste Vacquerie étaient à la Conciergerie avec Charles et François-Victor Hugo.