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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/205

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homme ; le vrai, c’est le fond de Dieu. Que faire contre une révolution qui a tellement raison ? Rien. L’aimer. C’est ce que font les nations. La France se donne, le monde l’accepte. Tout le phénomène actuel est dans ces quelques mots. On résiste à l’invasion des armées ; on ne résiste pas à l’invasion des idées. La gloire des barbares est d’être conquis par l’humanité ; la gloire des sauvages est d’être conquis par la civilisation ; la gloire des ténèbres est d’être conquises par le flambeau. C’est pourquoi la France est voulue et consentie de tous. C’est pourquoi, n’ayant aucune haine, elle n’a aucune crainte ; c’est pourquoi elle est fraternelle et maternelle ; c’est pourquoi elle est impossible à amoindrir, impossible à humilier, impossible à irriter ; c’est pourquoi, après tant d’épreuves, tant de catastrophes, tant de désastres, tant de calamités, tant de chutes, incorruptible et invulnérable, elle tend la main à tous les peuples, de haut.

Quand le regard se fixe sur ce vieux continent remué aujourd’hui d’un souffle nouveau, de certains phénomènes apparaissent, et il semble qu’on entrevoit cette chose auguste et mystérieuse, la formation de l’avenir. On peut dire que, de même que la lumière se compose de sept couleurs, la civilisation se compose de sept peuples. De ces peuples, trois, la Grèce, l’Italie et l’Espagne, représentent le midi ; trois, l’Angleterre, l’Allemagne et la Russie, représentent le nord ; le septième, ou le premier, la France, est à la fois nord et sud, celtique et latin, goth et grec. Ce pays doit à son ciel ce hasard sublime, le croisement des deux rayons ; le croisement des deux rayons, c’est comme si l’on disait la jonction des deux mains, c’est-à-dire la paix. Tel est le privilège de cette France ; elle est à la fois solaire et étoilée ; elle a dans son ciel autant d’aube que l’orient et autant d’astres que le septentrion. Quelquefois c’est dans les ténèbres que sa lueur se lève, c’est dans la nuit noire des révolutions et des guerres que son resplendissement flamboie, et ses aurores sont boréales.

Un jour, avant peu, les sept nations qui résument toute l’humanité s’allieront et se fondront, comme les sept couleurs du prisme, dans une radieuse courbure céleste ; le prodige de la paix apparaîtra éternel et visible au-dessus de la civilisation, et le monde contemplera, ébloui, l’immense arc-en-ciel des Peuples-Unis d’Europe.