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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/199

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Le 3 septembre, il fut fait par Louis Bonaparte livraison à l’Allemagne de quatre-vingt-trois mille soldats français.

« Plus (dit le rapport prussien) :

» Un aigle et deux drapeaux.

» Quatre cent dix-neuf canons de campagne et mitrailleuses.

» Cent trente-neuf pièces de place.

» Mille soixante-dix-neuf voitures de toute espèce.

» Soixante mille fusils.

» Six mille chevaux encore en état de servir. »

Ces chiffres allemands manquent de certitude. Selon que cela semble momentanément utile, les chancelleries auliques enflent ou désenflent le désastre. Il y eut environ treize mille blessés parmi les prisonniers. Les nombres varient dans les documents officiels. Un rapport prussien, additionnant les soldats français blessés ou morts dans la bataille de Sedan, publie ce total : Seize mille quatre cents hommes. Ce nombre donne le frisson. C’est ce chiffre-là, seize mille quatre cents hommes, que Saint-Arnaud avait fait travailler sur le boulevard Montmartre le 4 décembre.

A une demi-lieue au nord-ouest de Sedan, près d’Iges, la boucle de la Meuse fait une presqu’île. Un canal coupe l’isthme ; de sorte que la presqu’île est une île. Ce fut là que furent parqués, sous le bâton des caporaux prussiens, quatre-vingt-trois mille soldats français. Quelques sentinelles gardaient cette armée. On en mit peu, insolemment. Ces vaincus restèrent là dix jours, les blessés presque sans soins, les valides presque sans nourriture. L’armée allemande ricanait autour d’eux. Le ciel s’en mêla, le temps fut affreux. Ni baraques ni tentes. Pas un feu, pas une botte de paille. Pendant dix jours et dix nuits, ces quatre-vingt-trois mille prisonniers bivouaquèrent, la tête sous la pluie, les pieds dans la boue. Beaucoup moururent de fièvre, regrettant la mitraille. Enfin des wagons à bestiaux vinrent, et les emportèrent.

Le roi mit l’empereur dans un lieu quelconque, Wilhelmshoë.

Quel haillon, un empereur vidé !