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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/157

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son portefeuille, mais il rencontra une croûte de pain. Il fut plus heureux de la trouvaille du croûton qu’affligé de la perte du portefeuille. Il portait son argent dans une ceinture ; le portefeuille, qui avait disparu probablement dans la mare, contenait des lettres, et entre autres une fort utile lettre de recommandation de M. Ernest Kœchlin, son ami, pour les représentants Guilgot et Carlos Forel, en ce moment réfugiés à Bruxelles et logés à l’hôtel de Brabant.

En quittant le débarcadère du chemin de fer, il se jeta dans une vigilante et dit au cocher :

— Hôtel de Brabant.

Il entendit une voix qui répétait : Hôtel de Brabant. Il pencha la tête et vit un homme qui écrivait quelque chose sur un portefeuille avec un crayon à la lueur du réverbère.

C’était probablement quelque homme de police.

Sans passeport, sans lettres, sans papiers, il craignit d’être arrêté dans la nuit, et il avait envie de bien dormir.

— Un bon lit cette nuit, pensa-t-il, et demain le déluge ! – A l’hôtel de Brabant il paya le cocher et n’entra pas dans l’hôtel. Aussi bien, il y eût vainement demandé les représentants Forel et Guilgot ; tous deux y étaient sous de faux noms.

Il se mit à errer dans les rues. Il était onze heures du soir, et il y avait longtemps qu’il commençait à être las.

Enfin, il vit une lanterne allumée et sur cette lanterne cette enseigne, Hôtel de la Monnaie.

Il entra.

L’hôte vint à lui et le regarda d’un air étrange.

Il songea alors lui-même à se regarder.

Sa barbe non rasée, ses cheveux en désordre, sa casquette souillée de boue, ses mains ensanglantées, ses vêtements en loques, il était hideux.

Il tira de sa ceinture un double louis qu’il mit sur la table de la salle basse où il était entré, et il dit à l’hôte :

— Monsieur, au fait ; je ne suis pas un voleur, je suis un proscrit ; pour tout passeport j’ai de l’argent. J’arrive de Paris. Je voudrais manger d’abord et dormir ensuite.

L’hôte prit le double louis et, attendri, lui fit donner un lit et à souper.

Le lendemain, comme il dormait encore, l’hôte entra dans sa chambre, l’éveilla doucement et lui dit :

— Tenez, monsieur, si j’étais de vous, j’irais voir le baron Hody.

— Qu’est-ce que c’est que ça, le baron Hody ? demanda Cournet encore endormi.

L’hôte lui expliqua ce que c’était que le baron Hody. Quant à moi qui ai