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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/155

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fit conduire chez le bourgmestre et lui dit : – Je suis un réfugié politique. Le bourgmestre, belge, mais bonapartiste, – cette variété existe, – le fit purement et simplement reconduire à la frontière par les gendarmes, avec ordre de le remettre aux autorités françaises.

Cournet se vit perdu.

Les gendarmes belges l’amenèrent à Armentières. S’ils avaient demandé le maire, c’en était fait de Cournet, mais ils demandèrent l’inspecteur des douanes.

Cournet vit poindre une lueur d’espoir.

Il aborda l’inspecteur des douanes la tête haute, et lui toucha la main.

Les gendarmes belges ne l’avaient pas encore lâché.

— Pardieu, monsieur, dit Cournet au douanier, vous êtes inspecteur des douanes, je suis inspecteur du chemin de fer. D’inspecteur à inspecteur on ne se mange pas, que diable ! De braves belges se sont effarés et me dépêchent à vous entre quatre gendarmes, je ne sais pourquoi. Je suis envoyé par la compagnie du Nord pour refaire quelque part par ici le ballastage d’un pont qui n’est pas solide. Je viens vous prier de me laisser continuer mon chemin. Voici ma passe.

Il présenta la passe au douanier. Le douanier la lut, la trouva en règle, et dit à Cournet :

— Monsieur l’inspecteur, vous êtes libre.

Cournet, délivré des gendarmes belges par l’autorité française, courut au débarcadère du chemin de fer. Il avait là des amis.

— Vite, dit-il, il est nuit, mais c’est égal. Tant mieux même. Trouvez-moi quelqu’un qui ait été contrebandier et qui me fasse passer la frontière.

On lui amena un petit jeune garçon de dix-huit ans, blond, rose, frais, wallon, et parlant bien français.

— Comment vous appelez-vous ? dit Cournet.

— Henry.

— Vous avez l’air d’une fille.

— Mais je suis un homme.

— C’est vous qui vous chargez de me conduire ?

— Oui.

— Vous avez été contrebandier ?

— Je le suis encore.

— Vous connaissez les chemins ?

— Non. Je n’ai que faire des chemins.

— Qu’est-ce que vous connaissez donc ?

— Je connais les passages.