Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/144

Cette page n’a pas encore été corrigée


ordre de l’Assemblée ; nous remplacions l’ordre de l’Assemblée par une voie de fait de la gauche. Escalade et effraction ; escalade du pouvoir, effraction de la loi. Maintenant supposons la résistance ; nous verserions le sang. La loi violée mène au sang versé. Qu’est-ce que tout cela ? C’est un crime.

— Mais non, s’écria-t-il, c’est le salus populi.

Et il ajouta :

Suprema lex.

— Pas pour moi, lui dis-je.

J’insistai : – Je ne tuerais pas un enfant pour sauver un peuple.

— Caton le ferait.

— Jésus ne le ferait pas.

Et j’ajoutai :

— Vous avez pour vous toute l’antiquité. Vous êtes dans la vérité grecque et dans la vérité romaine ; je suis, moi, dans la vérité humaine. L’horizon nouveau est plus large que l’ancien.

Il y eut un silence. Il le rompit.

— Alors c’est lui qui va attaquer.

— Soit.

— Vous allez livrer une bataille presque perdue d’avance.

— Je le crains.

— Et ce combat inégal ne peut se terminer pour vous, Victor Hugo, que par la mort ou par l’exil.

— Je le crois.

— La mort, c’est un moment ; mais l’exil, c’est long.

— C’est une habitude à prendre.

Il continua :

— Vous ne serez pas seulement proscrit. Vous serez calomnié.

— C’est une habitude prise.

Il insista.

— Savez-vous ce qu’on dit déjà ?

— Quoi ?

— On dit que vous êtes irrité contre lui parce qu’il vous a refusé d’être ministre.

— Vous savez, vous…

— Je sais que c’est le contraire. C’est lui qui vous l’a demandé, et c’est vous qui l’avez refusé.

— Eh bien, alors…

— On mentira.

— Qu’importe !