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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/139

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X. Le Devoir peut avoir deux aspects

A-t-il été au pouvoir de la gauche, à un moment quelconque, d’empêcher le coup d’État ?

Nous ne le pensons pas.

Voici pourtant un fait que nous ne croyons pas devoir passer sous silence.

Le 16 novembre 1851 j’étais rue de la Tour-d’Auvergne, numéro 37, chez moi, dans mon cabinet ; il était environ minuit, je travaillais, mon domestique entr’ouvrit la porte.

— Monsieur peut-il recevoir ?…

Et il prononça un nom.

— Oui, dis-je.

Quelqu’un [1] entra.

J’entends ne parler qu’avec réserve de cet homme considérable et distingué. Qu’il me suffise d’indiquer qu’il avait le droit de dire, en désignant les Bonaparte : « ma famille ».

On sait que la famille Bonaparte se divisait en deux branches, la famille impériale et la famille privée. La famille impériale avait la tradition de Napoléon, la famille privée avait la tradition de Lucien ; nuance qui du reste n’a rien d’absolu.

Mon visiteur nocturne prit l’autre coin de la cheminée.

Il commença par me parler des mémoires d’une très noble et vertueuse femme, la princesse *** [2], sa mère, dont il m’avait confié le manuscrit, en me demandant mon avis sur l’utilité ou la convenance de la publication ; ce manuscrit, plein d’intérêt d’ailleurs, avait pour moi cette douceur que l’écriture de la princesse ressemblait à l’écriture de ma mère. Mon visiteur, à qui je le remis, le feuilleta quelques instants, puis, s’interrompant brusquement, il se tourna vers moi et me dit :

— La République est perdue.

Je répondis :

— A peu près.

Il reprit :

— A moins que vous ne la sauviez.

— Moi ?

  1. Jérôme Bonaparte.
  2. Amélie de Wurtemberg.