Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/133

Cette page n’a pas encore été corrigée


VIII. David d’Angers

Brutalités et férocités mêlées. Le grand statuaire David d’Angers fut arrêté chez lui, rue d’Assas, n° 16 ; le commissaire de police, en entrant, lui demanda :

— Avez-vous des armes chez vous ?

— Oui, dit David. Pour me défendre.

Et il ajouta :

— Si j’avais affaire à des gens civilisés.

— Où sont ces armes ? reprit le commissaire. Voyons-les.

David lui montra son atelier plein de chefs-d’œuvre.

On le mit dans un fiacre, et on le conduisit au dépôt de la préfecture de police.

Il y a là place pour cent vingt détenus. Ils étaient sept cents. David était, lui douzième, dans un cachot pour deux. Pas de jour ni d’air. Un soupirail étroit au-dessus de leur tête. Un affreux baquet dans un coin, commun à tous, couvert, mais non fermé d’un couvercle de bois. A midi on apportait la soupe. Une espèce d’eau puante et chaude, me disait David. Ils se tenaient debout contre le mur et piétinaient sur les matelas qu’on avait jetés à terre, n’ayant pas de place pour s’y coucher. A la fin pourtant ils se serrèrent tant les uns contre les autres qu’ils parvinrent à s’étendre tout de leur long. On leur avait jeté des couvertures. Quelques-uns dormaient. Au petit jour, les verrous grinçaient, la porte s’ouvrait, le gardien criait : – Levez-vous ! Ils passaient dans le couloir voisin ; le gardien enlevait les matelas, jetait quelques seaux d’eau sur le pavé, épongeait tant bien que mal, rapportait les matelas sur la dalle humide, et leur disait : Rentrez. On les verrouillait jusqu’au lendemain matin. De temps en temps on amenait une centaine de nouveaux détenus et l’on en venait chercher une centaine d’anciens (ceux qui étaient là depuis deux ou trois jours). Que devenaient-ils ? La nuit, de leur cachot, les prisonniers entendaient des détonations, et les passants, le matin, voyaient, nous l’avons dit, des mares de sang dans la cour de la préfecture.

L’appel des sortants se faisait par ordre alphabétique.

Un jour on appela David d’Angers. David prit son paquet et se disposait à partir, quand le directeur de la geôle qui semblait veiller sur lui survint tout à coup, et dit vivement : – Restez, monsieur David, restez.