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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/88

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Un témoin, de ceux qui croient avoir entendu le coup de feu parti de la rue Mazagran, ajoute : »Ce coup de feu, c’est pour la troupe le signal d’une fusillade dirigée sur toutes les maisons et leurs fenêtres, dont le roulement dure au moins trente minutes. Il est simultané depuis la porte Saint-Denis jusqu’au café du Grand-Balcon. Le canon vient bientôt se mêler à la mousqueterie. » « Un témoin dit : »… A trois heures et un quart un mouvement singulier a lieu. Les soldats qui faisaient face à la porte Saint-Denis opèrent instantanément un changement de front, s’appuyant sur les maisons depuis le Gymnase, la maison du Pont-de-Fer, l’hôtel Saint-Phar, et aussitôt un feu roulant s’exécute sur les maisons et sur les personnes qui se trouvent au côté opposé, depuis la rue Saint-Denis jusqu’à la rue Richelieu. Quelques minutes suffisent pour couvrir les trottoirs de cadavres ; les maisons sont criblées de balles, et cette rage conserva son paroxysme pendant trois quarts d’heure. » « Un témoin dit : »… Les premiers coups de canon dirigés sur la barricade Bonne-Nouvelle avaient servi de signal au reste de la troupe, qui avait fait feu presque en même temps sur tout ce qui se trouvait à portée de son fusil. » « Un témoin dit : »Les paroles ne peuvent rendre un pareil acte de barbarie. Il faut en avoir été témoin pour oser le redire et pour attester la vérité d’un fait aussi inqualifiable. » « Un témoin dit : »Il a été tiré des coups de fusil par milliers, c’est inappréciable, par la troupe, sur tout le monde inoffensif, et cela sans nécessité aucune. On avait voulu produire une forte impression. Voilà tout. » « Un témoin dit : »Lorsque l’agitation était très grande sur le boulevard, la ligne, suivie de l’artillerie et de la cavalerie, arrivait. On a vu un coup de fusil tiré du milieu de la troupe, et il était facile de voir qu’il avait été tiré en l’air, par la fumée qui s’élevait perpendiculairement. Alors ce fut le signal de tirer sans sommation et de charger à la bayonnette sur le peuple. Ceci est significatif, et prouve que la troupe voulait avoir un semblant de motif pour commencer le massacre qui a suivi. » «