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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/456

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chacun leur nom, afin qu’on pût assigner à tous des destinations définitives.

Un cri d’indignation lui répondit.

— Personne ! Personne ne se nommera, dit le général Oudinot.

Gustave de Beaumont ajouta :

— Nous avons tous le même nom : Représentants du peuple.

Le commandant salua et sortit.

Au bout de deux heures il revint. Il était assisté cette fois du chef des huissiers de l’Assemblée, un appelé Duponceau, espèce de bonhomme rogue à figure rouge et à cheveux blancs qui, dans les grands jours, se prélassait au pied de la tribune avec un collet argenté, une chaîne sur l’estomac et une épée entre les jambes.

Le commandant dit à Duponceau :

— Faites votre devoir.

Ce que le commandant entendait et ce que Duponceau comprenait par ce mot devoir, c’était que l’huissier dénonçât les législateurs. Quelque chose de pareil au valet qui trahit ses maîtres.

Cela se fit ainsi.

Ce Duponceau osa regarder en face les représentants les uns après les autres, et il les nommait au fur et à mesure à un homme de police qui prenait note.

Le sieur Duponceau fut fort maltraité en passant cette revue.

— Monsieur Duponceau, lui dit M. de Vatimesnil, je vous tenais pour un imbécile, mais je vous croyais un honnête homme.

Le mot le plus dur lui fut adressé par Antony Thouret. Il regarda le sieur Duponceau en face et lui dit :

— Vous mériteriez de vous appeler Dupin.

L’huissier en effet eût été digne d’être le président, et le président eût été digne d’être l’huissier.

Le troupeau compté, le classement fait, il se trouva treize boucs, dix représentants de la gauche : Eugène Sue, Esquiros, Antony Thouret, Pascal Duprat, Chanay, Fayolle, Paulin Durieu, Benoît, Tamisier, Teilhard-Latérisse, et trois membres de la droite qui depuis la veille étaient devenus brusquement rouges aux yeux du coup d’État : Oudinot, Piscatory et Thuriot de la Rosière.

On les enferma séparément, et l’on mit en liberté, les uns après les autres, les quarante qui restaient.